mardi 3 octobre 2017

Couleurs d'une planche "inédite" de Blake & Mortimer !

Et bien après Stanislas, Tintin (par Yves Rodier), Berbérian et Mardon… retour à Stanislas. Oui mais pour une planche d’essai sur Blake et Mortimer !


Ça fait longtemps que cette série me fait de l’oeil pour tenter une mise en couleur. Il y a matière à débat sans fin sur le sujet, mais disons que j’y apprécie la maîtrise, les innovations (pour l’époque en tous cas) et le petit côté vieillot parfois… Mais trouver une planche noir et blanc scannée dans une bonne qualité n’est pas chose aisée… Au passage je signale que les éditions Niffle publient des recueils Blake et Mortimer en noir et blanc justement ! Peut-être un prochain défi.. En attendant, “colorier” une planche jamais mise en couleur est encore plus stimulant…

Bref, cette planche est issu de l’ouvrage “Stanislas, Archives 01”, paru à l’Association en 2005 et qui regorge de planches/projets en noir et blanc… Dans la préface on y apprend que le dessinateur Stanislas a été contacté pour faire un essai de reprise de la série (en 2002). Essai non concluant pour les uns, très concluant pour moi… Je scanne moi même la planche, ce qui explique le léger flou sur le côté droit...


L’essai porte sur 2 planches, j’ai choisi de me concentrer sur la première :


D’abord il faut faire quelques recherches sur les couleurs de la série... Celle-ci s’est étalé sur plusieurs décennies, en bénéficiant des progrès techniques du moment. Il y a donc du changement entre Le secret de l’Espadon (1950) et Les 3 formules du professeur Sato (1977). Mais pire que ça : pour un album donné, il existe plusieurs versions des couleurs… En effet les albums ont eut droit à un lifting dans les années 80 qui a parfois considérablement modifié les couleurs; Retouche qui ne fait pas l’unanimité parmi les amateurs de bande-dessinée… Globalement la version des années 80 diminue le nombre de couleurs, lisse les visages, gomme des détails, des ombres, etc.


Il y a effectivement de quoi être dubitatif, même s’il fallait sans doute moderniser pour les nouvelles impressions. L’informatique permettra sans doute - un jour - une nouvelle version plus respectueuse et plus riche…

En attendant je passe pas mal de temps à chercher sur Internet des planches “d’origine” scannées pour y comprendre le rendu. Ce n’est pas chose facile… Je m’aperçois au passage que les albums papier que je possède (et qui datent des années 70) ne sont “conformes” ni aux anciens scans, ni à la version retouchée… Une sorte de version intermédiaire, qui n’est pas toujours fidèle point de vue teintes… mais conserve les détails, ombres, etc. Je pense que les techniques d’impression (et le papier utilisé) expliquent des rendus différents selon les années. Après quelques heures de recherche, j’arrête mon travail d’historien et décide finalement de faire comme je le sens… Après tout, je suis là pour apprendre ET me divertir.

Je décide de faire un essai sur une case (pas la première) où sont présent les deux principaux personnages. Au passage je modifie légèrement parfois le dessin pour y gommer/rajouter des détails, comme dans cette case un bout de phylactère “coincé” derrière la tête de Blake, qui me paraît inutile une fois mis en couleur :


J’en profite pour rajoute quelques ombres. Un truc que je n’avais pas encore osé et qui me tentait. Je ne cherche pas l’originalité dans les couleurs donc pas de surprise au final. Je teste des effets (grain, réticulation, etc.) pour simuler le travail à la gouache et la vieille impression. Car je ne veux surtout pas avoir un rendu trop informatique, comme certaines reprises récentes :


Une fois cette case faite (et plutôt satisfait du résultat), je m’attaque à la suite. La première case (histoire de tester une ambiance nocturne) :


Après ça, j’ai tout pour faire le reste, en théorie rapidement. Donc c’est parti !

A noter que je garde un oeil sur les albums pendant la réalisation, pour y piocher des idées, des ambiances, etc. Par exemple, j’aurai aimé traiter une case de façon un peu plus “originale” que ce que j’ai fait au final. Car Jacobs n’hésitait pas à se détacher d’un “réalisme” basique.

De façons générale on peut d’ailleurs dire que Jacobs (ou Hergé ou …) osait beaucoup dans la couleur. Les voitures ou les vêtements sont parfois roses, jaunes, mauves, … Reflet d’une époque sans doute, mais aussi d’un certain culot. Comme pour mon essai de Tintin, moi je n’ose pas trop...


Une fois mes aplats mis en place, je fais un test pour bidouiller l’image et le rendu :


D’abord un filtre “grain” pour casser le côté informatique. Puis un filtre “réticulation” pour rappeler l'imperfection de la mise en couleur manuelle et l’impression sur papier. Evidemment c'est très subtil, et il faut regarder de près pour bien comprendre l'effet :


Au passage, avec juste ces calques d’effet, on a quelque chose de sympa… ça me donne envie de faire une colorisation uniquement en gris… ou avec des trames ?… A suivre...


Bref, ça ressemble - presque - à ce que j’avais en tête :


La vidéo complète se trouve ici (avec en bande son le vinyle Le mystère de la grande pyramide, des années 50...) :



Conclusion :

Point positif : j’ai pris énormément de plaisir à faire ces couleurs… Le travail sur le dessin de Stanislas est très agréable. Son style n’est ni trop complexe pour moi, ni sans détails. Il me convient bien. En tous cas à mon niveau. Et je suis satisfait du résultat. J’ai l’impression que c’est mieux que ce que j’ai fait auparavant…

Point négatif : C’est très “scolaire”, non ? Convenu, sans surprise… Bon, l’exercice n’était pas de réinventer Blake et Mortimer, mais je suis sur qu’un vrai coloriste y mettrait plus d’inventions, plus de choix personnels. Je n’ai pas encore franchi ce cap... Il est peut être temps que j’aille demander conseil auprès de vrais pro ?...

ps : cette planche (avec ou sans couleur) est évidemment Copyright ses auteurs; Je me permets de l'utiliser ici à titre purement indicatif et sans but lucratif.

3 commentaires:

  1. C'est très réussi, je trouve! Les ambiances sont là!

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  2. Excellent travail!! Les couleurs sont assez respectueux avec les originels de Jacobs, et, comme on a dejà dit, l'ambiance est très réussie...

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